Fédération du Gers

Fédération du Gers
Accueil
 
 
 
 

Pénurie de main d’oeuvre dans le vignoble gersois: et si on posait enfin les bonnes questions

Nous avons demandé à Jean-Paul Bessagnet, membre de la commission mixte des salariés agricoles, délégué CGT au CHS-CT agricole production, de nous donner son point de vue.

 

Ce n’est pas la première fois que le vignoble gersois, armagnac et côte de Gascogne, sonne le tocsin auprès de Pôle Emploi de Condom qui gère les emplois agricoles saisonniers de l'ensemble du Gers. Car malgré la mécanisation des vendanges, certaines récoltes et certains travaux ont toujours besoin de main d’oeuvre, saisonnière notamment.

Le président du Groupement d'employeurs départemental de Gascogne (GED) a lancé un cri d’alarme pour trouver du personnel saisonnier pour les vendanges. Pourquoi?

Jean-Paul Bessagnet : La pénurie de main d’oeuvre pour la période des vendanges est récurrente, c’est un problème connu depuis plusieurs années, dans le Gers mais aussi en Bourgogne ou dans le Bordelais. Les employeurs ne peuvent pas faire comme s’ils découvraient le problème. Il faut qu’ils se posent les bonnes questions.
Il y a quelques années les employeurs pouvaient compter sur les étudiants, mais ceux-ci reprennent les cours plus tôt. Cette main d’oeuvre bon marché s’est tarie. Même chose pour les jeunes en recherche de petits boulots, ils choisissent l’intérim qui est plus rémunérateur.
Au sujet des saisonniers étrangers, l’afflux a fortement diminué parce que les Marocains, les Portugais ou les Espagnols ont vu leur niveau de vie augmenter chez eux. Faut-il s’en plaindre et le leur reprocher?

C’est pourtant ce que semblent faire plusieurs employeurs

J -P -B :Ils oublient de dire que le travail de la terre est difficile et exigeant physiquement, et qu’il est mal rémunéré. Dans le Gers il y a plus de deux milles emplois dans le secteur de la production, dans l’élevage, la viticulture, la production légumière et fruitière. Hélas pour les travailleurs de ce secteur, seuls une poignée sont en CDI (contrat à durée indéterminée), la grande majorité sont saisonniers. Une certaine partie, surtout en viticulture, sont des retraités qui, pour survivre, continueront à « bosser ». Pour les autres, ils sont saisonniers, travaillant à la demande une semaine, deux ou trois au plus, puis changent d’employeurs.
 

Qu’en est-il du salaire?

J -P -B : :La plupart sont des emplois précaires payés au SMIG car malgré les compétences du salarié, moins il est rémunéré, plus l'employeur bénéficie de réduction de cotisations sociales patronales. Il n’y a pas de prime de précarité, pas de frais de déplacement à payer alors que le travail est toujours plus loin du domicile du salarié. Sans parler des conditions de vie déplorables, par exemple les repas du midi pris dans la voiture ou au froid dans un garage. Il y a quelques années, les vendangeurs étaient logés, voire nourris par leur employeur, cette pratique tend à disparaître.

Et au niveau des garanties ou du statut ?

J -P B :Il n’y a pas de prime d'ancienneté, alors que certains salariés reviennent chez les mêmes employeurs depuis plus de dix ans. Pour l'ensemble de ces travailleurs il n’y a pas de stage de perfectionnement, pas de médecine du travail, les règles de sécurité connaît pas, alors que le travail est en milieu hostile, au contact des pesticides et des insecticides dans certains secteurs et par tous les temps. Tout cela avec des tenues de travail qui ne sont pas toujours fournies.

Cette réalité est mal connue, les gens gardent le souvenir des vendanges d’antan festives.

Il s’agissait la plupart du temps de vendanges familiales. Quand on connait la réalité du travail agricole, on comprend mieux pourquoi les ouvriers rechignent à ces boulots mal payés et souvent mal assurés, pour qui les déclarations d'embauches arrivent tardivement aux caisses d'assurances, pour lesquels il n’y a pas de prise en charge des complémentaires santé, invalidité ou décès puisqu'il faut une certaine ancienneté dans l’entreprise.
Alors oui, « le viens quand je t'ai besoin et débrouilles-toi le reste du temps » n'est pas une méthode pour encourager et motiver les ouvriers à venir travailler en milieu agricole.

Y a-t-il une autre solution?

J -P -B : :Dans les vignobles il y a besoin de plus de main-d'œuvre au moment des vendanges, mais aussi pendant l'année pour la taille, l'ébourgeonnage, l'épamprage, l’effeuillage. Pour le PCF, il n’y a aucune fatalité à ce que ces travaux qui demandent une vraie qualification soient exercés par des travailleurs précaires.
Au moment où certains prônent la régression à travers la flexibilité ou l’ubérisation à outrance du marché du travail, où d’autres se focalisent sur un simple revenu universel, le Parti Communiste démontre qu’il existe des solutions alternatives pour répondre aux grandes évolutions du monde du travail.
Pour cela il faut protéger les travailleurs tout au long de leur carrière professionnelle à travers une sécurisation de l’emploi et de la formation. Loin d'un compte personnel d’activité au rabais, nous portons une proposition bien plus ambitieuse, celle
d’assurer une continuité des droits sociaux et des revenus tout au long de vie.
À l'inverse du gaspillage de fonds publics que représente le CICE, nous estimons qu'il faut une autre utilisation de l’argent pour le développement à travers des programmes de création d’emplois et de formations qualifiantes, de recherche et d’innovation. Ces nouveaux moyens sont accompagnés de nouveaux pouvoirs pour les travailleurs et les citoyens.
A travers de telles initiatives, nous démontrons qu'il est possible de reconstruire une gauche de combat qui amène du progrès social, économique, et environnemental. Cette grande idée peut être mise au service de la convergence, dans leur diversité, des forces anti-libérales pour bâtir une majorité politique nouvelle à gauche.